HERESIES

Visite de chantier /Mercredi 15 janvier / 19h / Dives-sur-Mer

L’hérétique c’est celle qui propose de voir les choses sous un autre angle et à qui on fait ravaler sa langue. Celui qui, par son invention révolutionnaire, met en péril un certain monopole et dont on achète le silence. Celle qui est responsable de tous les maux parce qu’elle cuit des crapauds. Celui qui formule l’hypothèse d’une autre vérité et qu’on installe sur des bûches. Ce sont les génies et les fous qui ont eu le courage de penser et de s’exprimer librement, celles et ceux qui sont morts avec leurs convictions et leurs doutes et qu’on réhabilite parfois du bout des lèvres.

Intention / Julien Melano

Avec ce projet je souhaite me pencher sur la figure de l’hérétique : celui ou celle qui exprime une pensée dissidente. En m’appuyant sur quelques cas exemplaires, historiques et contemporains, je propose une écriture dramatique et fictionnelle portée par un quatuor d’interprètes, aptes à traverser la mutation des époques et prompts à toute sorte de métamorphoses et de manipulations. Il ne s’agira pas de réaliser un collage de biopics, mais plutôt de s’inspirer de personnalités comme Galilée, Charles Darwin ou Jeanne d’Arc, mais aussi de cas contemporains comme Asia Bibi* par exemple, d’en extraire des formes de raisonnement, d’argumentation, de démonstration et de posture pour réécrire des situations dramatiques et intrigantes adaptées à la scène. Mon attention pour la scénographie, la fabrique de l’image, la présence du son et le rôle des objets mis en scène participera à cette écriture et contribuera à la poétique du plateau pour une forme non-discursive et iconoclaste.

Plan

La pièce se structure autour de quatre tableaux dans lesquels, à tour de rôle, un des comédiens incarne la figure d’un hérétique, les trois autres forment le groupe et représentent la juridiction en cours, la pensée dominante, l’autorité de rigueur, la mentalité collective… La combinaison de ces cas d’opposition, d’insoumission, de résistance ou de réfutation, dessine le portrait d’un monstre humain : celui qui s’érige (plus ou moins volontairement) devant l’ordre établi et le perturbe. Dans ce climat de confrontations, les débats d’idées peuvent prendre la forme de procès houleux, de conférences chahutées, de conciliabules tendus ou de négociations menaçantes. Ce principe de tour de rôles permettra de mettre en scène la relativité de l’hérésie et de considérer que quiconque, sorti de son contexte traditionnel, peut devenir le renégat, l’impie, l’intrus, l’étranger… Un travail plastique accompagnera l’écriture en s’orientant vers une recherche autour du papier, une matière signifiante et malléable propre à subir toutes les tortures, du pli à la déchirure en passant par la brûlure et toute sorte de découpages.

Sujet

Ici la figure de l’hérétique est abordée dans son sens large (celui qui émet un point de vue différent) et déborde du cadre religieux auquel on l’associe de prime abord. Bien sûr, depuis que l’Inquisition et sa mauvaise foi s’est approprié la notion d’hérésie en l’associant au péché suprême, il est difficile de lui redonner sa vertu originelle, génératrice de débats constructifs, de comportements nuancés et de remises en cause salutaires qui fleurissaient dans le Jardin d’Épicure. Que se soit dans un contexte religieux, politique, scientifique, philosophique ou artistique, le marginal trouble l’opinion consensuelle par son originalité et pousse la pensée dominante dans ses retranchements. Il s’agit alors pour le groupe de faire preuve de discernement afin de distinguer l’hérétique perfide et destructeur du génie précurseur et révolutionnaire. Un enjeu de société sans cesse renouvelé et une mise à l’épreuve des États, de leurs croyances et de leur justice.

Distribution

Mise en scène et scénographie : JULIEN MELLANO
Ecriture et dramaturgie : JULIEN MELLANO avec la collaboration de CHARLOTTE BLIN
Interprétation : CÉCILE BRIAND, JULIE SEILLER, JACQUES VILLE et VINCENT VOISIN
Musique : OLIVIER MELLANO
Assistante scénographie et régie plateau : MARION PRÉVEL
Son : GILDAS GABORIAU
Lumière : (en cours)

Production

Collectif AÏE AÏE AÏE / Rennes

AÏE AÏE AÏE est conventionné par le Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC de Bretagne, et soutenu par le Conseil Régional de Bretagne, le Conseil Département d’Ille-et-Vilaine de Rennes Métropole et de la Ville de Rennes.

* Le 14 juin 2009 au Pakistan, Asia Bibi, participe comme chaque année à une cueillette avec trois autres femmes. Deux femmes demandent à Asia Bibi de l’eau à boire. Elle va chercher de l’eau à un puits à proximité du champ, prend un gobelet avec lequel elle boit une gorgée d’eau, puis ramène un récipient d’eau auprès des femmes. Mais une des femmes refuse de boire l’eau, disant qu’elle a souillé l’eau du puits parce qu’elle est chrétienne et donc impure. Asia Bibi se défend en disant qu’elle ne croit pas que le prophète Mahomet soit d’accord avec ce qu’elle dit. S’ensuit un échange tendu. La situation suscite l’indignation de cette femme et d’autres femmes renchérissent : « Comment oses-tu parler comme cela du prophète, tu viens de commettre un blasphème ». Mais les femmes ne vont pas tout de suite se plaindre. Le mollah Qari Sallam va signaler le blasphème au commissariat de police, qui enregistre la plainte. La police intervient pour protéger Asia Bibi. En raison des menaces de mort, sa famille entre dans la clandestinité et la police garde Asia Bibi en prison pour la protéger. Elle a été condamnée à mort en première instance en 2014, elle est finalement acquittée en appel par la Cour Suprême en 2018. Toujours menacée de mort par ses opposants, elle est actuellement gardée en prison pour sa propre sécurité.

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