Christopher

Visite de chantier /Mercredi 12 février / 19h / Dives-sur-Mer


« Un jour, quand j’étais encore tout petit, j’ai construit une cabane. Je ne pouvais pas faire autrement. C’était la seule solution que j’avais trouvée pour me protéger. J’ai cloué une planche après l’autre tout autour de moi. Au fur et à mesure que les murs montaient, j’ai commencé à me sentir mieux. »

Anne-Gaëlle Frejoz – L’enfant derrière la fenêtre


Synopsis

Christopher est un petit garçon de 8 ans comme tous les autres, qui se passionne pour les machines et le dessin. Il adore explorer des mondes imaginaires et se raconter des histoires dans sa chambre comme tous les autres enfants de son âge. Christopher vit seul avec son papa. Comme beaucoup d’enfants, il a un ami imaginaire, qui l’accompagne et l’aide à affronter les peurs du quotidien. Christopher a souvent peur : peur de sortir, peur de parler avec les autres enfants, peur que la journée soit faite d’imprévus. Christopher est un enfant qui ne parle presque pas. Il s’isole de l’agitation et ne supporte pas le bruit. Parfois quand quelque chose d’imprévu arrive, il lui arrive de faire des crises d’angoisse. Christopher a des difficultés à se faire des amis. Il reste souvent des heures entières dans sa chambre à dessiner des mondes qui lui ressemble. Il reproduits les dessins d’Albrecht Dürer, les constructions de Léonard de Vinci et il se cache souvent dans les labyrinthes d’Escher. Un jour, un événement anodin va bousculer sa vie et transformer son quotidien en une grande aventure qui va l’ouvrir à notre monde.


«Pour apprendre à aimer et tenter de guérir un enfant autiste, c’est beaucoup plus simple de l’imaginer comme un Petit Prince. J’apprendrai ton langage. J’entrerai dans ton silence. »

Françoise Lefèvre, Le Petit Prince cannibale


Note d’intention

Interroger la notion de communication avec celui qui me ressemble mais qui est différent : Dans le cas de Christopher, il diffère de moi car c’est un enfant. Il a des amis imaginaires et transforme le réel pour lui donner du sens. Mais Christopher diffère aussi des autres enfants car il est atteint de troubles autistiques. Cela l’incite à vivre retranché dans sa chambre, derrière sa fenêtre.

Questionner le langage :

Travailler sur l’altérité, l’étrangeté de l’autre pose la question du langage au cœur de la création. Comment s’exprime Christopher? Comment s’exprime son père ? Comment se comprennent-ils ? Comment notre monde interagit avec Christopher ?

S’appuyer sur la norme et l’anormalité, et explorer leurs frontières:

Christopher est un enfant, certaines de ses réactions sont jugées normales et d’autres non. Christopher est parfois valorisé et très à l’aise dans son anormalité (il a des facilités dans les domaines de la connaissance et dans le dessin) mais il est totalement inadapté ailleurs (dans ses relations sociales entre autres). Nous verrons aussi que c’est parfois le père de Christopher (ou un autre adulte) qui réagit de façon anormale. Je pourrais donc ainsi jouer avec les tocs et l’étrangeté de notre société dans les rapports humains et sociaux.

Proposer une aventure, une quête de l’ordinaire :

Je suis très sensible à cette idée. Par exemple cette sensation de vivre une grande histoire en explorant un simple grenier. C’est une sensation que nous connaissons bien et qui nous renvoie aussi à notre enfance. Entre grande aventure et quotidien, entre magie et ordinaire, Christopher sera une histoire qui tiendra du parcours initiatique.

Note de mise en scène

Christopher, ce sont 2 histoires qui se croisent sans cesse :

Tout d’abord, le quotidien de ce couple père-fils décrit avec les mots du père. C’est un huis clos. Ce sont deux marionnettes articulées dont les mouvements peuvent se figer. Pour cette partie, j’imagine juste le père et le fils en marionnette, tous les autres interlocuteurs (docteurs, camarades de classes, voisins) seront des voix qui dialogueront avec le père ou avec le fils. Nous serons dans une esthétique noir et blanc aussi bien avec les marionnettes qu’avec le décor. Les costumes qui seront identiques pour le père et son interprète comédien (idem Christopher et son manipulateur) seront dans des teintes pastelles très légèrement colorées. Autour d’eux, une présence, celle de la mère, décédé depuis peu et qui assiste, impuissante, aux mondes qui séparent son homme et son fils. En parallèle à ce huis-clos, il y aura le monde de Christopher. Dans ce monde ci, tout sera en 2 dimensions. Nous utiliserons le dessin et la rétroprojection mais aussi le théâtre d’ombre pour traverser l’aventure, la quête de Christopher. Dans cet univers les codes plastiques seront ceux de la gravure de Durer et des dessins de Léonard de Vinci. La géographie sera celle d’Escher. L’aventure, je l’imagine comme celle que vit Alice dans son pays des merveilles, habités par des êtres étranges et loufoques et dans lequel elle n’a de cesse de lutter pour s’adapter et s’intégrer. Dans cette aventure, Christopher devra trouver sa place, passer une étape et grandir et ainsi trouver une clef pour s’adapter à notre monde. La musique sera au cœur du propos et sera importante pour faire le lien entre les 2 mondes. Comme lorsque nous nous réveillons d’un rêve et que nous découvrons que le bateau qu’on entendait au loin n’était autre que la tondeuse du voisin. A la fin de l’histoire, Christopher et son père auront chacun fait un pas l’un vers l’autre pour se rapprocher. La 3D et la 2D vont se rencontrer.


« – Voudriez-vous me dire, s’il vous plaît, par où je dois m’en aller d’ici ? – Cela dépend beaucoup de l’endroit où tu veux aller.
– Peu importe l’endroit…
– En ce cas, peu importe la route que tu prendras.
– … pourvu que j’arrive quelque part », ajouta Alice en guise d’explication. – Oh, tu ne manqueras pas d’arriver quelque part, si tu marches assez longtemps. »

Lewis Caroll, Alice aux pays des merveilles


Scénographie et marionnettes

J’imagine une scénographie basée sur 3 éléments – une moquette au sol, un mur et une fenêtre qui seront manipulables, modulables et transformables. Ainsi, la moquette pourra changer de couleur avec l’éclairage, le mur se transformer et devenir un vrai espace de jeu pour la 2 D de l’aventure de Christopher. Ces éléments scénographiques seront blancs. Pour les marionnettes, il y aura deux dimensions différentes. Les marionnettes représentant le monde réel (Christopher, son père) seront en 3D, et les personnages venus du monde imaginaire de Christopher en 2D ainsi que son ami imaginaire (une ombre). Pour les marionnettes en 3Dimensions:La marionnette de Christopher et celle de son père seront construites pour permettre des postures figées, comme des photos arrêtées d’un moment. Ainsi, je voudrais pouvoir jouer sur l’image arrêtée d’un instant de vie : une dispute, une chute…

Pour les marionnettes en 2 Dimensions : Nous travaillerons avec un bestiaire d’animaux, de personnages et de machines venus des œuvres de Escher, Dürer, Léonard de vinci, Gustave Doré… Ces personnages qui habitent les livres de Christopher. Dans son monde, la marionnette de Christopher sera reproduite à différentes tailles, pour donner à voir l’état émotionnel du personnage principal. Il arrivera que la marionnette en 2D se retrouve dans le monde réél en 3 D et inversement. Le père pourra peut-être pénétrer le monde de Christopher et le fils être en 2 D dans le monde réél.

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